Normandie, dans une petite ville du Cotentin, à la fin de la seconde guerre mondiale, et juste après. 
Dans sa masure rustique, Marie, fille de ferme, simplette et taiseuse, élève seule son fils, issu d’une rapide étreinte avec un soldat allemand. 

Un peu plus loin, Solange, veuve d’un avocat décédé durant un acte de résistance, élève également seule son fils.

À travers l’histoire et le destin de ces deux femmes sur deux décennies, Chantal Creusot nous propose une très riche fresque sociale où se croisent les vies de nombreuses personnes de différentes couches de la société. Les portraits sont minutieux, touchants, on ne se perd jamais malgré la quantité de personnages. 

L’auteure décrit une société rigide, où les sentiments ont peu de place, où on ne se fréquente qu’entre gens de même milieu, où la femme occupe une place secondaire. Sont mises en avant des femmes qui doutent, qui tentent parfois de s’émanciper, mais qui n’ont souvent d’autre choix que de subir. On sent les prémices du vent d’émancipation des années 60 et c’est très intérressant. 

C’est vraiment un roman atypique, centré sur une période de l’histoire rarement décrite dans les romans, avec la vie qui continue malgré la guerre, les réglements de compte après le départ de l’occupant, c’est vraiment intéressant au  niveau historique et sociologique.

La plume est limpide, nostalgique, un brin desuète, on se croirait dans un bon film de Chabrol, qui décrit de façon très sensible avec un brin de causticité un petit monde fermé, j’ai beaucoup aimé.

J’avais acheté ce livre car l’époque et le lieu précis m’interpellaient fortement. C’est ma région natale et mes grands-parents ont vécu leur début de vie adulte sous cette occupation allemande et je suis très en recherche de savoir comment les gens vivaient dans ce climat.

Mon grand-père et ma grand-mère paternels avaient choisi comme beaucoup de traverser la Manche pour rejoindre Londres et le Général de Gaulle, aider depuis là-bas. Ils se sont connus dans le métro de Londres. Je comprends ceux qui sont partis. Tout comme je saisis mieux ce climat si singulier durant la présence allemande, les compositions très délicates avec l’occupant qui le plus souvent faisait tout pour se faire accepter, toute une ambiance que m’avait un peu racontée mon autre grand-mère peu avant son decès. Bref, un roman qui m’a également beaucoup touchée personnellement.