J’ai ressenti la semaine dernière le besoin de me plonger dans un monde antérieur au notre, de m’imprégner de préoccupations et pensées d’une époque un peu éloignée de la notre, de plonger dans un espace-temps où l’on ne peut même pas imaginer ce qui nous tombe dessus en ce moment. 

Dans ce court roman, trouvé récemment avec joie dans une boîte aux livres, Simone de Beauvoir met en scène Laurence, une femme en mal de vivre ou plutôt en quête de sens, qui se sent en décalage avec ses proches qui ne la connaissent pas vraiment, des proches qui sont clairement dans la consommation, l’argent, le superficiel, la notoriété. 

Laurence a un mari peu impliqué et attentif à elle, un amant qui s’accroche et commence à l’ennuyer, une mère qui ne vit que sur les apparences, une soeur qui ne voit que par la religion. 

Laurence travaille. Elle aussi se réfugie dans des images. Elle écrit des slogans pour une agence de pub. Elle a plus que tout pour être heureuse mais s’ennuie, s’interroge sur le bonheur, prend conscience des bulles dans lesquelles chacun vit et qui freinent la pensée et l’ouverture réelle à l’autre. Ah comme c’était intéressant, çà ! Et toujours terriblement d’actualité.

Heureusement, Laurence rend régulièrement visite à son père, qu’elle adule et dont elle recherche la reconnaissance depuis toujours, un homme humble, solutaire, zen, instruit. 

La vie de Laurence va être chamboulée par la grande sensibilité et anxiété de Catherine, sa fille de 11 ans,  qui découvre le monde « à cause » de sa meilleure amie, une enfant autorisée à regarder la télé, écouter la radio, lire les journaux. 

La famille pense que la petite Catherine doit être détournée de cette amie qui la perturbe : en la bourrant de cours de poney, de danse ou en lui présentant de nouvelles petites camarades mieux moulées, ou bien en déclamant qu’elle doit voir un psy pour être remise dans le droit chemin (c’est la grande époque de la psychanalyse…), ou encore qu’elle doit à tout prix faire son catéchisme. 

Mais Laurence sent bien au fond d’elle-même que Catherine n’a pas besoin de tout çà, mais tout simplement d’être elle-même et de se confronter à son époque. Laurence trouvera-t-elle la force de ne pas laisser enfermer Catherine dans ces carcans, tout comme elle-même l’a été ?

Ce roman nous raconte les tourments et le combat d’une femme déjà bien libre pour son époque mais qui se rend compte qu’elle ne l’est pas réellement. C’est très prenant et passionnant sociologiquement.

J’ai aimé retrouver la plume de Simone de Beauvoir, assez dense, avec dans ce roman de nombreux aller-retour passé-présent qui déroutent un peu au début mais une plume qui au final emporte et fait sens. 

C’est une jolie plongée dans les préoccupations sociales, philosophiques et économiques des années 60 avec en bonus le délice de retrouver des expressions surranées de nos grands-parents disparus. J’ai adoré et ça m’a donné une furieuse envie de relire les autres romans de l’auteure.