Englouti en à peine une semaine. J’ai adoré ce dernier Franck Bouysse fraîchement sorti en librairie, au si beau titre.

Une vallée enclavée, une centrale hydraulique, une carrière, une petite ville morne contrôlée par un tyran fou dont la seule fierté est d’avoir crée la centrale, contrôlé le fonctionnement de la ville, mis à sa botte les habitants.

Un peu en dehors de la ville vivent les Volny, famille très modeste. Le père, brut et taiseux, travaille à la centrale, la mère, bigote, servile, tient la baraque silencieusement, le grand-père, estropié par le travail, observe. 

Et puis les quatre enfants. Marc et Matthieu, comme leurs aïeux ont cessé tôt l’école, ils travaillent à la carrière. Marc est passionné de lecture mais son père, dont l’histoire lui a mis en tête que les livres étaient dangereux, lui interdit de lire. Matthieu, lui, aime s’immerger et communiquer avec la nature. Luc, le petit dernier, différent, rejeté par l’école car rien ne rentrait dans sa caboche, cherche le perroquet et le trésor depuis qu’il a entendu « l’île au trésor » à la radio. Et enfin Mabel. Qui se fait appeler ainsi parce que « Jean », son vrai prénom, çà ne pouvait pas le faire. Belle, sensuelle, protectrice et sauvage, Mabel est la seule à avoir compris qu’il fallait à tout prix jouir de la vie, compter sur soi-même, suivre ses rêves.

Dans un monde sans avenir et pour contrer l’asservissement qui les attend, les quatre frères et soeur, soudés depuis toujours, ont pris l’habitude d’aller se balancer sur des cordes accrochées au viaduc. Suspendus chacun à ces gigantesques balançoises, ensemble ils rêvent, observent la vallée, sympathisent avec les oiseaux, voient la vie autrement.

Sans le rechercher, par leurs passions et leurs personnalités, ces quatre-là vont revolutionner la vie de leur communauté.

Plus qu’un magnifique roman social,  » buveurs de vent » est un véritable conte des temps modernes, dénonçant l’asservissement de l’homme tout en poésie. 

Ambiance glauque, tension qui monte, personnages forts, écriture brute, naturelle, puissante comme la nature, çà fait vibrer, emporte dans la noirceur pour nous laisser bouleversés et un peu ébahis, avec la certitude d’avoir touché à la lumière et à la grâce de la vie.