Je continue d’essayer de rattraper mon gros retard de chroniquage (j’crois bien qu’çà s’dit pas mais çà me plaît alors j’le dis) de mes lectures des dernières semaines.

Jack, la cinquantaine, vit dans le Vieux Québec. Il est écrivain public, rédige CV ou lettres pour autrui, réalise parfois quelques traductions. [Jack ressemble étrangement, avec deux décennies de plus, au personnage traducteur de « Les grandes marées », qui était isolé sur une île – j’avais fait une chronique le mois dernier-, avec son chat Matousalem, d’ailleurs le chat de Jack porte le même nom, j’aime ce fil entre les deux romans]. 

Le petit secret de Jack est de s’inspirer de belles phrases piochées dans les correspondances de grands écrivains, dont il est très friand. 

Jack mène une vie simple, en compagnie de son chat et de son amie-amante Kim, qui vit au dernier étage de l’immeuble.

Un jour, Jack reçoit la visite d’un vieux monsieur très étrange, qui lui demande de rédiger une lettre d’amour pour sa femme disparue. Ce vieux monsieur, calechier pour touristes dans la vieille ville, va intriguer Jack qui va se mettre à enquêter sur le bonhomme et se retrouver projeté dans son passé.

J’ai adoré retrouver l’atmosphère si particulière des romans de Jacques Poulin : une atmosphère douce, remplie de livres, de mots, de chats qui ont toujours une place centrale, de personnages originaux très attachants : Kim la psy aux méthodes bizarres qui ne reçoit que la nuit, une jeune fille perdue, affamée surgie de nulle part, qui erre en ville, vient se poser et bouquiner chez Kim, ce SDF un peu zinzin devenu ami avec Jack, qui surveille/squatte sa voiture lorsqu’il ne l’utilise pas, une ambiance unique, un peu vintage (ce roman est paru en 1986), une histoire très  originale, un brin barrée tout en restant simple, très ancrée dans le quotidien, le tout sous une plume posée, sobre, limpide et fine, j’aime vraiment lire cet auteur, c’est un vrai régal. 

Peu de suspens dans les livres de Jacques Poulin. Tout est dans l’ambiance, faut se laisser porter, rentrer dans les petites et grandes aventures de gens simples mais uniques, avec brio l’auteur sait faire ressortir toute la magie d’évènements anodins, parfois on effleure le surréalisme, c’est ultra bon, faut aussi accepter les fins très mystérieuses, avec d’autres auteurs j’aime pas, avec Jacques Poulin çà peut se finir que comme çà, j’en raffole et en redemande, c’est dire.

Jacques Poulin, c’est pour moi une expérience de lecture unique, un petit ovni littéraire croustillant, doux, intelligent, bourré de tendresse humaine et animale, savoir écrire comme çà j’en bave, pour le moment je n’ai lu que trois romans de cet auteur classique québecquois né en 1937, je peux déjà affirmer que ce sont mes plus belles lectures de l’année 2020, je suis pas du genre salon du livre mais si çà revenait, ce genre d’évènements, si il s’y rendait, si je pouvais y aller, ben je braverais volontiers la foule rien que pour le rencontrer même trente secondes, lui dire merci, parce que je sens que c’est un homme sacré, un sacré homme et je serais honorée de le croiser avant qu’il ne nous quitte.