Pouf, englouti en un après-midi, deux cafés, un thé, trois Figolu, le tour était joué, quel charmant samedi après-midi à dévorer ces 150 pages.
Avec ses mots veloutés chaloupés et ses phrases toujours si justes et résonnantes, Leïla Slimani nous embarque dans ses pensées lors d’une expérience inédite que lui a proposé son éditrice : passer une nuit seule dans un musée, avec les oeuvres pour seule compagnie, et juste un petit lit de camp à l’appui. 
Ce sera le musée d’art contemporain de la Pointe de la Douane, superbe vieille bâtisse réhabilitée par un architecte japonais, que je rêve à présent de visiter (moi la sauvage que la foule vénitienne a toujours plus que rebutée, voilà j’irai, ne jamais dire jamais). 

Un énorme défi que ce projet pour une écrivaine solitaire qui n’aime pas trop sortir de chez elle et pour qui « toute audace vient de l’intérieur ».

Sitôt enfermée (mais l’est-elle vraiment ?) elle regrette, n’y connaissant rien en art. Que va-t-elle bien pouvoir retirer, raconter de cette expérience ?

Et puis au fur et à mesure de ses déambulations nocturnes dans la grande bâtisse plantée dans la lagune dont les flots fouettent les murs, ses cognitions vont se heurter aux oeuvres, vont susciter émois, souvenirs, réflexions, et créer de  passionnantes disgressions sur l’identité, la double culture, la langue, la solitude, l’enfermement, le processus d’écriture. 

Leïla Slimani se livre sur son enfance, son père, la culture dans laquelle elle a grandi, qui l’a construite autant qu’elle a pu la déjouer, c’est pudique, fort, intelligent, ponctué de merveilleuses citations de grands écrivains, je n’oublierai pas cette nuit au musée en compagnie de Leïla Slimani.