Chouette découverte de cette auteure, à l’occasion d’un passage l’été dernier dans ma bouquinerie normande préférée où je passe hélas trop rarement mais rafle à chaque fois une bonne partie de leur pile de « Babel ».

(Le « Mémoranda », à Caen, si vous y passez, grimpez le riquiqui escalier biscornu coincé entre les piles de bouquins branlantes, tout au fond de la boutique,  asseyez-vous, commandez un part de leur tuerie de fondant au chocolat, s’il en reste, c’est très prisé, leur thé fumé… et voyez comme la vie est belle. Ah zut c’est vrai on peut pas en ce moment… mais après, zou.)

Arsène Le Rigoleur, quarantenaire, célibataire, est paysan au fin fond de la Bretagne. Sa terre, sa ferme, ses bêtes, c’est sa vie, son sanctuaire. Même son meilleur ami connaît pas toutes ses histoires. Arsène en bouge parfois un peu, pour aller au marché à la petite ville à côté, rendre visite à sa mère qu’il a du placer en foyer rural, aller à la messe, voir un film x, voir son amante dont il peut pas parler. 
Arsène est comme un renard : il vit dans sa tanière et règle ses comptes personnels en solo, à sa manière, ni vu ni connu. D’ailleurs, son histoire de vie a beaucoup à voir avec les renards. 

Voilà que des gens de la ville ont acheté la ferme en face de chez lui, tout retapé, quelle horreur, et que leurs gamins s’attachent à lui. Çà par contre il aime bien, çà lui rappelle des trucs de son enfance, il leur apprend des choses sur la terre, les bêtes. Mais il a du mal à se faire aux parents, Arsène. Faudrait pas qu’on vienne fouiller dans ses histoires.
Cette histoire simple, rurale, se transforme assez vite en un conte mystérieux, angoissant, sous une plume caustique, âpre, mêlée d’onirisme, dans un langage simple, précis, ponctué de petites envolées lyriques. Un vrai petit bonheur, tant par l’histoire stupéfiante que par la plume très originale de l’auteure. J’ai adoré.