» Maison-tanière « , de Pauline Delabroy-Allard, 2021, l’Iconopop. Recueil de poésie.

L’auteure du chouette roman  » çà raconte Sarah  » a eu besoin, l’été 2017, de se retirer du tumulte du monde, pour se protéger. On ne sait pas trop pourquoi, on peut le deviner à mi-mots, mais de toutes façons, là n’est pas la question.
Elle trouve refuge dans la maison d’un couple d’amis. Chaque jour, elle écoutera un de leurs nombreux vinyles, classique, jazz, rock des années 80, et le temps de l’écoute, composera un petit texte sur ses impressions,ses pensées profondes, ses souvenirs, ses tourments. 

Elle laisse vagabonder ses pensées le temps de l’écoute, c’est une pause méditative originale et audacieuse, que l’on sent essentielle et pressante. Çà donnera de beaux textes bruts où s’accrochent, résonnent les mots, dans un mélange de tendresse et de brutalité, on sent qu’il faut que ça sorte, le volcan érupte, alors la musique, les souvenirs, les sensations s’emmêlent et contiennent, et y a qu’à savourer la jolie coulée.

J’ai aimé cette spontanéité enrobée par les mots, ce temps oisif, contemplatif qu’elle s’accorde, ce truc qu’on faisait tous, ado, pensant s’ennuyer à mort, alors que non, c’est essentiel, elle l’a bien compris. 

La puissance de ces textes bruts  et intimes est renforcée par la photo de chaque vinyle qui l’a crée, proposée en face de chaque poème. Chaque vinyle est photographié dans un endroit différent d’une maison simple, brute, restée dans son jus de décennies passées, un endroit très nostalgique, empli de vie et de poésie, des photos toutes simples, sublimes de par l’essentialisme qu’elles dégagent.

Ce recueil est un tourbillon de vraie vie, presque animal, un tourbillon qui fait du bien car il recentre sur les vrais besoins de l’être humain.

Extraits :

écouter ensemble / dehors la bruine monocorde le froid d’été le vague à l’âme / dedans la paix bénie le temps suspendu la tendresse confuse / dans mon ventre à moi c’est la tempête / débâcle dans le children’s corner…

…mon père m’a écrit que quelqu’un de ma famille est mort / il m’a écrit il est mort à la sieste / il a ajouté / dans son sommeil le truc parfait.