Rena, artiste photographe et reporter, 45 ans, vit à Paris avec son jeune amant. 

Pour les 70 ans de son père, elle l’invite, ainsi que sa belle-mère, tous deux vivant au Canada, à passer ensemble une semaine à Florence. 

Rena redoute ces retrouvaillles tout autant qu’elle les attend. Elle a été très proche de son père, un scientifique spécialisé dans le cerveau, un homme brillant, cultivé, passionné. Mais Rena retrouve un homme fatigué,  diminué, qui peine à suivre dans les visites, s’endormant face aux splendeurs de la Renaissance, réclamant des siestes. 

Quand à sa belle-mère, une néerlandaise rescapée des bombardements de Rotterdam, qui a connu la famine, elle se montre peu réceptive aux chefs-d’oeuvres toscans et ne pense qu’aux pauses-repas, aux pauses-pipi et à l’achat de cartes postales. Çà donne des scènes désopilantes très chouettes, qui égaient un peu le récit.

Car là n’est pas le propos.

Rena, qui a voyagé seule dans la plupart des pays du monde pour ses photos, souvent dans des pays en guerre, se retrouve dans la position du cliché du touriste qu’elle déteste. 

S’ennuyant et face à son passé, ses pensées butinent de souvenirs en émotions. Elle nous raconte son enfance, sa folle histoire familiale, son adolescence saccagée, sa vie amoureuse, ses nombreux amants, ses maternités, sa passion pour le sexe, la photo, le corps masculin.

Rena nous raconte aussi ses angoisses enfouies qui ressurgissent. Elle les analyse grâce à Subra, sa confidente invisible, sa petite voix, son double interrogateur qui l’accompagne et la guide depuis des décennies. Subra doit son nom à Diane Arbus, la grande photographe qui a toujours fascinée Rena. J’ai bien aimé ce procédé littéraire propice à l’introspection.

Le récit mélange présent et passé, alterne souvenirs et visites de la ville, sur fond d’émeutes et de révoltes en banlieue parisienne (nous sommes en 2005), nous raconte le tiraillement de Rena entre poursuivre ces vacances à priori ratées ou rentrer à Paris, son patron réclamant urgemment ses photos de l’embrasement des banlieues, son amant lui manquant follement. 

J’ai aimé retrouver l’écriture de Nancy Huston. Elle ne nous épargne pas en matière de drames et de conflits familiaux. Son analyse, ses interrogations sur ce qui fait fonctionner l’humain, sont toujours très justes et profondes, elle n’a pas peur de la noirceur et sait faire ressortir la pointe de juste tendresse.

Le personnage de Rena, maigre, androgyne, cheveux courts, virevoltante, libre, sensuelle, indépendante, intelligente, en marge de la bien-pensance, passionnée, forte, faisant face à ses failles profondes, m’a énormément plu. 

Durant la lecture, les descriptions nombreuses de ses relations intimes avec ses amants de tous pays m’ont un peu agacée, mais au final elles font partie du personnage et ont toute leur place, elles sont d’ailleurs très belles.

Bien que sur la première moitié je me sois un peu ennuyée, j’ai au final aimé ce roman. Moins toutefois que  » Lignes de failles » et  » L’empreinte de l’Ange ».