Un magnifique et bouleversant témoignage sur la vie d’une tribu du Nigéria, les Igbos, au dix-neuvième siècle. C’est en fait le premier récit d’un écrivain africain traitant du vécu de son peuple face à la colonisation. C’est absolument passionnant.

Écrit en 1958 par un professeur d’université, journaliste et éditeur Nigérian,  ce roman nous raconte l’histoire de vie d’Okonkwo, un homme de caractère qui s’est construit en opposition à un père fainéant criblé de dettes. 

Ambitieux et dur, Okonkwo se hisse au plus haut rang de son clan par son dur travail de culture de l’igname, par sa force d’incroyable lutteur, par sa droiture, par son respect strict des traditions des ancêtres.
On découvre un clan très structuré, paisible et solidaire, heureux. L’auteur nous révèle au fur et à mesure des aventures d’Okonkwo et des siens des coutumes et croyances très spécifiques, évoque ses bons mais aussi ses mauvais aspects, le tout grâce à une plume simple, claire, énergique très agréable. 

Le obi (cabane) d’Okwonko, les cases de ses femmes et enfants, les soupes d’herbe, le vin de palme, les poules, chèvres, le travail de culture, les noix de kola, les tenues, bijoux, petits objets du quotidien, c’est trés immersif, instructif, nous voilà plongés au coeur d’une société traditionnelle très hierarchisée, commandée par dieux et ancêtres. C’est vraiment très intéressant et la plume de l’auteur dégage beaucoup de tendresse.

Suite à un méfait accidentel, Okwonko  sera contraint à s’exiler 7 ans dans le village de sa mère. Il accepte son sort, recommencera tout avec femmes et enfants. 

Au retour dans son clan, des missionnaires anglais se sont installés, évangélisant à tout vent, montant croyances et gens les uns contre les autres, ridiculisant, banissant les pratiques ancestrales, désorganisant le clan, semant pagaille, terreur,  puis imposant leur fonctionnement.

Incapacité et absence de volonté de  comprendre les croyances d’autrui, manipulation, soumission, un terrible et puissant récit sur la colonisation vécue de l’intérieur. Précieux.