Drôle, espiègle, terriblement humain. 550 pages englouties d’un coup, plongée britannique en totale apnée.

Benjamin Trotter, cinquantenaire, habite seul un grand moulin dans la campagne anglaise. Cinquantenaire ayant fait fortune, il a pris une retraite émancipée dans ce coin perdu de la campagne anglaise, où il savoure la nature, le calme, la musique classique qu’il aime tant, et s’emploie à mette en forme son roman fleuve commencé il y a 20 ans. 

Il s’occupe de son vieux père qui vit pas loin, un pur conservateur,  veille sur sa soeur qui peine depuis des années à se remettre d’un gros traumatisme, adore sa nièce universitaire qui s’enlise dans un mariage heureux lisse, fréquente ses deux vieux amis, un journaliste politique sulfureux et un clown de goûter d’enfants, qui subit de plein fouet l’austérité qui règne sur le pays. 

On suit les croustillantes péripéties de vie et les pensées de tous ces personnages et de bien d’autres encore, qui vivent les évènements marquants de la décennie 2010 en Angleterre. Jonathan Coe nous offre une critique ultra ciselée de l’ambiance de son pays. 

On les voit ainsi vivre, parfois de près, les émeutes de Londres en 2011, les JO de 2012, les stratégies de David Cameron, le référendum du Brexit, puis le Brexit qui fera exploser les vies de tout ce petit monde. 

En toile de fond, le rôle des tories, celui des think tanks pas forcément clairs, la question de l’identité, du développement du libéralisme, de la folle montée du nationalisme et de la précarité, la puissance du politiquement correct, et puis la manipulation d’un peuple par ses politiques. 

Passionnant, caustique, cocase, engagé,  drôle et mélancolique, une écriture fluide parfaite, j’ai adoré ces chroniques de vie des Trotter et de leurs acolytes.