C’est le dernier Patrick Modiano, sorti la semaine dernière, hop déjà englouti. Adoré.

Jean Bosmans, le narrateur septuagénaire de cette histoire, se souvient de son amie Camille, dite « Tête de mort « , qu’il a fréquentée dans les années 60. On ne sait pas trop comment il l’a connue, le roman est plein de mystères, mais Camille fréquentait des gens pas bien nets, qui se réunissaient la nuit dans un appartement à Auteuil où il avait parfois été invité,  sans trop se poser de question, trop content qu’on s’intéresse à lui. 
Se souvenir de Camille amènera Jean Bosmans à se rappeler des éléments très étranges de cette époque de sa vie. Fréquenter Camille et son milieu l’avait en effet projeté physiquement dans ses souvenirs d’enfance, comme dans cette maison en vallée de Chevreuse où il avait vécu et où une amie de Camille emménage, ou encore cette visite du bureau d’un monsieur qui avait beaucoup compté pour lui, ou bien  la mention de vieux noms souvent entendus dans son enfance, une enfance dont on ne saura rien si ce n’est qu’elle fut très solitaire et que l’on devine triste. Écriture mystérieuse où les détails n’ont pas besoin d’être là, les impressions s’emboitent et  suffisent, grandiose.
Jean Bosmans se pose des questions sur Camille et ses proches. Devient-il fou ? Cherche-t-on à lui faire passer des messages ? On effleure au début l’idée qu’il est en train de rêver, ou bien d’entrer en sénilité, erreur. 

Camille « Tête de mort » parle peu. Il n’ose pas lui parler de ses soupçons et de sa déroute, c’est un jeune homme solitaire et très réservé. Mais malgré sa froideur, Camille percevra son trouble et lui dira juste de faire attention à lui. Jean cherche à en savoir plus en se rendant en journée à l’appartement d’Auteuil. Il se lie d’amitié avec Kim, la baby-sitter de l’enfant du locataire. Sans en dire plus, Kim le met clairement en garde contre ce dernier et ses amis. Elle fournit à Jean le numéro actuel de l’appartement où elle peut l’appeler, en journée. Celui dont il dispose, l’ancien, Auteuil 28-15, n’amène que des voix du passé peu recommandables.

Peu à peu, Jean prend conscience que tous ces gens qu’il fréquente depuis qu’il connaît Camille le connaissent. Il va analyser les éléments de son passé et finir par comprendre qu’ils veulent lui faire retrouver et leur fournir un souvenir très précis de sa petite enfance, durant la guerre.
J’ai raffolé de ce thriller nostalgique enchanteur, très addictif par la plume floue, onirique mais extrêmement sûre,  par la montée progressive de souvenirs décousus- pièces de puzzle, par l’ambiance mélancolique d’un Paris suranné, par les personnages intrigants, que l’on soupçonne bien glauques et dont on n’ose imaginer les activités. Un roman déroutant, sombre, solaire, vibrant. Chabrolien. 

Je me suis enfoncée avec délices dans cet univers charmant et mystérieux, la magie a directement opéré, je me demandais où diable aller m’emener l’auteur, tout lui faisant  totalement confiance, il y a des plumes qui ne trompent pas, dès les premiers mots t’as compris que tu tiens du vrai grand entre les mains.