Edith est traductrice, vit à Paris avec son mari ingénieur et leurs trois ados. Elle a une vie aisée et heureuse. 

Un jour, la concierge frappe à la porte, lui présentant sa mère, marocaine soixantenaire, qui vient d’être licenciée et doit retrouver au plus vite du travail pour pouvoir payer son loyer. 

Alors la concierge fait le tour des locataires pour trouver des heures de repassage à sa mère. 

Edith et son mari acceptent, même si Edith, travaillant à la maison, ayant besoin de calme, appréhende un peu la venue de Fadila une demi-journée par semaine.

Fadila s’avère efficace, discrète, franche, une personne très agréable même s’il est difficile de la comprendre. Elle est  assez peu régulière dans ses horaires mais Edith s’en accomode. 

Très vite, Edith va se rendre compte que Fadila ne sait ni lire ni écrire, ce qui est très handicapant non seulement pour les démarches administratives mais aussi pour tout le quotidien, comme les déplacements. 

Fadila par exemple préfère descendre de son bus habituel si celui-ci est dévié (ce qui est courant dans Paris) et marcher jusqu’à son point d’arrivée, se guidant à ses repères visuels habituels. Elle ne prend pas le métro car ne sait lire les stations ou directions. Elle ne sait pas noter un numéro de téléphone, écrire ou reconnaître son nom. Fadila n’a jamais été scolarisée, même au Maroc.

Edith lui propose de lui apprendre à lire et écrire. Mais elle n’a pas de qualification. Et Fadila n’est pas jeune. Elle a de plus une histoire de vie très difficile et gère des angoisses importantes. Tout ceci freine beaucoup son investissement et ses potentialités d’apprentissage. Edith se sent démunie mais s’accroche, patiente, pleine de bonté.

Une pudique amitié va se nouer entre ces deux femmes, qui va nous permettre découvrir l’histoire douloureuse et le quotidien de Fadila, qui sous-loue au noir une chambre de bonne de 5 m² dans Paris, que ses enfants et petits-enfants, tout à leur vie et à leurs problèmes, délaissent. 

C’est un très beau roman qui présente finement la question de l’analphabétisme, les difficultés d’apprentissage d’une langue, avec l’implication des habitudes culturelles ou même gestuelles, corporelles.  C’est le portrait d’une femme abîmée mais forte, qui est à son sens parvenue à s’intégrer en France malgré son alphabétisme, une femme pleine de sagesse populaire et de belles valeurs, mais aussi remplie de rancoeurs et d’angoisses, car elle a connu une vie très difficile.

Chaque nuit Fadila fait des crises d’angoisse dans sa minuscule et étouffante chambre, des crises qui l’obligent à descendre les 6 étages pour prendre fréquemment l’air dans la cour de son immeuble. 

Ce n’est pas un roman à l’eau de rose ou empli de bons sentiments, loin de là. Pas de happy-end et tout çà ici et c’est très très bien.

Sous la plume fluide et douce de Laurence Cossé, derrière les situations cocasses parfois, l’auteure dénonce les limites de notre société, de la solidarité, les frontières entre les classes sociales qui existent bel et bien.

Un roman social puissant, paru il y a 10 ans, toujours et encore plus d’actualité.