Ah ! La voilà, ma première pétite littéraire de 2022 ! Un petit roman slovaque découvert au hasard d’un flânage en bouquinerie. En quelques heures, ce très court roman de 123 pages d’Uršuľa Kovalyk a été englouti. Paf.

Années 80, Tchécoslovaquie, sous la dictature communiste. Chacun se débrouille avec ce qu’il a, se soumet tant bien que mal à la privation de liberté et à la censure, se replie sur soi, se noie dans ses rêves, l’alcool ou la violence. 
Karolina, très jeune adolescente pauvre, solitaire, mais au sacré tempérament, élevée par des femmes un brin déglinguées (quelle belle flopée personnages croustillants !), cherche l’évasion en écoutant Pink Floyd qu’un ami guitareux lui refile en douce contre de trucs bizarres. 

Karolina flâne souvent en ville, armée du couteau offert par sa grand mère pour se protéger des hommes. 
C’est près du centre équestre de la petite ville où se situe le roman que Karolina rencontre Romana, jeune fille handicapée, stigmatisée, qui fuit son père violent et le monde hostile en venant s’occuper d’un vieux cheval du centre. En cachette, Romana a appris seule à le monter et a peu à peu développé de magnifiques figures de voltige malgré son handicap. 
Une amitié va se nouer entre les deux jeunes filles. Romana va apprendre son art à Karolina et toutes deux vont connaître un succès incroyable. Karolina n’a jamais été aussi heureuse. Son corps si maladroit dans l’enfance lui offre sur un cheval une liberté infinie, il se déploie naturellement sous la musique et le galop régulier, lui faisant oublier l’âpreté de sa vie et l’absence d’horizon.
Mais la chute du communisme en 1989 et l’ouverture du libéralisme, faisant la joie de tous, vont anéantir ses rêves et ses espoirs, tout comme ceux de son pays.
Dès le début, j’ai été happée par l’ambiance originale, très sombre, de ce roman, édulcorée par les touches lumineuses qu’apportent les personnages, leur tendresse cachée, leur cocasserie, leur façon de parler crue, si drôle. S’y ajoutent de merveilleuses touches de lyrisme, rendant le tout très poétique. Ce roman m’a beaucoup fait penser au sublime « La vie devant soi » de Romain Gary . 
L’ambiance urbaine-urbex angoisante des pays de l’est des années 80, constructions de tours d’habitations, sillons de boue, immeubles non entretenus, files d’attente devant les magasins d’état, est très bien restituée, on sent que l’auteure l’a vécue. 
Les deux jeunes fillles, personnages principaux, sont solaires, vivent leur déconvenues adolescentes et celles de leur pays en se situant bien au-dessus, emplies de force et de confiance en elles. 
L’auteure explore dans ce roman comment des vies et un pays peuvent sortir d’un enfer pour retrouver d’autres menottes, celles de la société de consommation et de l’individualisme. La chute est loin d’être joyeuse.
J’ai pu ressentir dès le début que je tenais une  pépites littéraire entre les mains, c’est très très rare que je ressente celà. 

Je compte me pencher sur les publications des Editions Intervalles, que je ne connaissais pas, et bien sûr sur les autres titres de cette écrivaine slovaque.