Jean-Pierre, squatteur perpétuel de mon fauteuil de lecture.

On en avait tellement entendu parler depuis sa sortie, le thème et les critiques si élogieuses m’avaient freinée, j’ai tendance à me méfier des critiques élogieuses, généralement mon avis est contraire, et puis bon, je l’ai trouvé en poche et d’occaz il y a quelques semaines alors zou j’ai tenté. Moins de 150 pages, en une soirée c’était lu, d’autant que ça se lit facilement.

Un homme mythomane tombe amoureux fou d’une femme aussi forte que lui dans ses mensonges et inventions. 

Autant l’homme s’amuse, autant pour la femme, il est très clair (enfin, de mon point de vue professionnel de psychologue, qui plus est travaillant avec des personnes psychotiques), qu’elle est de façon quasi permanente en délire hypomaniaque, ce délire si subtil à diagnostiquer et surtout à faire admettre car si plaisant pour la personne et bien souvent pour les proches, puisqu’il s’apparente fortement à une personnalité originale, fantaisiste, aventurière, sans limite, franche,  souvent passionnante, touchante, attirante. 

Sauf qu’à tous les coups, sans traitement et au moindre coup dur de la vie, il y aura malheureusement une chute, et une terrible, dès le début je connaissais la fin de cette histoire.
Décrivant sur un ton amusant la vie débridée du couple, ses excentricités, sa débauche, sa légèreté, son déni des moindres règles, une vie qui va conduire à son naufrage pour dettes et faire sombrer la patiente, l’auteur nous raconte les élans et écueils d’une personne bipolaire, alimentés par son mari amoureux fou qui parfois prend peur, sans jamais vraiment s’alerter pour sa femme ou leur enfant, il a peur de perdre sa vie de plaisir, les troubles de sa femme alimentant son propre tempérament fantaisiste.

Il semble égoïstement prendre peur avant tout pour lui, pour la perte de cette vie qui lui plaît tant, mais pas pour leur enfant, cet enfant qui nous raconte l’histoire de ses parents, sa vie de dingue à leurs côtés, un enfant pris au milieu de cette tourmente, qui sans autre reférence, aimé de ses parents et les aimant, trouve tout celà bien normal.

L’auteur surfe en permanence sur un amalgame extravagance/pathologie psychique, et ça m’a énormément dérangée. Cette vie folle et libre, pleine d’excentricités, qui fait rire, c’est une maladie, c’est pas rigolo du tout et ça détruit tout autour. L’enfant, décrit comme naïf et heureux, enfant descolarisé, dont les besoins physiques et affectifs sont bafoués, victime de négligence frôlant la maltraitance, clairement est en danger, victime de la folie de ses parents. Çà m’a mise terriblement mal à l’aise, cet enfant aimé certes, mais maltraité, utilisé comme objet d’amusement parmi d’autres par ses parents.
Alors oui, la plume est belle, très bien travaillée, originale avec ses petites rimes et ses antiques tournures de phrases dans les dialogues, un ton décalé original, oui l’auteur a beaucoup d’imagination et sait y faire en matière de cocasserie-loufoquerie, le lecteur est bien servi à ce niveau, mais mélanger cela avec des thèmes aussi tragiques que la maladie mentale et le respect des droits d’un enfant, pour moi çà ne l’a pas fait du tout, c’est pas des thèmes avec lesquels j’ai envie de me marrer, en tout cas certainement pas de cette manière, sur le dos de malades ou d’enfants innocents. 
Et puis vraiment, cet amalgame excentricité/pathologie mentale, que l’auteur nous sert tout au long de son texte, et ce discours à peine voilé sur l’inutilité des soins, çà m’a mise sacrément en pétard. 
Minimiser la maladie psychique, s’en servir pour vouloir amuser, car à priori beaucoup de lecteurs de sont bien amusés à la lecture de ce texte presentant ce couple si extravagant, et c’était peut-être le but, glauque, de l’auteur,  ben moi je dis NON, au nom de tous les malades qui se battent, et de leurs proches.