Fraîchement sorti en France, le 4 mai, hop j’ai foncé, j’adore cette auteure.
Tarô est un jeune homme sourd-muet, artiste-peintre et mannequin, qui vit seul dans son petit appartement à Nagoya.

Il a été élevé par sa mère, une femme très indépendante, au tempérament fort, aimant lire, boire, fumer, qui tient une boutique de livres scientifiques d’occasion, et par sa grand-mère, une femme célibataire tendre et aimante, pleine d’humour, qui a toujours tenu avec amour la maisonnée pour sa fille et son petit-fils. 

Les deux femmes vivent toujours ensemble et Tarô vit pas très loin de la maison-boutique familiale. Il est très lié à sa mère et à sa grand-mère, qui l’ont beaucoup soutenu dans ses études et la gestion de son handicap, tout en favorisant son indépendance.  
Tarô est un « half », nom donné aux personnes métis au Japon. Il n’a pas connu son père, un espagnol décédé accidentellement juste avant de savoir qu’il allait être père, lui a expliqué sa mère. 
La vie coule agréablement et doucement pour cette petite famille singulière et touchante. Tarô s’apprête à annoncer aux deux femmes sa relation avec une jeune fille, mannequin tout comme lui, qu’il fréquente depuis plusieurs mois. 

Il a longtemps hésiter à leur en parler, malgré une certaine pression qu’elles lui mettent sur cette question, parce qu’il n’est pas bien sûr de vouloir s’engager plus avec cette petite amie.
Un matin, Tarô reçoit un appel paniqué de sa grand-mère. Sa mère est décédée dans son sommeil durant la nuit. Tarô va gérer les obsèques, soutenir sa grand-mère et s’installer auprès d’elle. Il décide de faire de la librairie son atelier et de se consacrer essentiellement à sa grand-mère et à la peinture. 
En rangeant les affaires de sa mère, Tarô va découvrir des pans de sa vie qu’il ne pouvait imaginer, que va lui expliquer sa grand-mère, en plus de lui révéler de gros secrets. 

Et puis Hanako, l’amie d’enfance de Tarô, qu’il n’a pas vue depuis près de 20 ans mais qu’il n’a jamais oubliée, vient lui présenter ses condoléances.

Ils étaient très liés jusqu’à leurs 7 ans, la mère d’Hanako venait acheter des livres à la boutique et Tarô et Hanako étaient devenus inséparables. Jusqu’au déchirement, lorsqu’Hanako avait dû partir en Europe, son père étant diplomate.

Le lien entre Hanako et Tarô reprend comme s’ils ne s’étaient jamais quittés, chamboulant complètement la vie affective de Tarô qui va enfin trouver un amour absolu et partagé, mais qui va, au fur et à mesure de certaines découvertes sur son histoire familiale, se retrouver piégé…
J’ai adoré retrouver la plume très délicate, épurée, fluide, hyper apaisante, d’Aki Shimazaki, auteure japonaise vivant à Montréal, qui écrit en français. Son écriture est si douce et rafraîchissante, çà se boit comme du sirop d’orgeat frais, c’est un vrai régal.
Aki Shimazaki nous offre ici une plongée captivante dans une famille japonaise de notre époque, une famille heureuse malgré sa singularité et ses épreuves. 

Les bons petits plats traditionnels cuisinés par la grand-mère effleurent les narines, comme sa soupe miso, ses hiyashi-chûka (nouilles de sarrasin froides aux légumes assaisonnés, plat d’été, délice suprême), les tatamis crissent sous les pieds, on sent la chaleur humide du mois d’août japonais dans les rues, la fraîcheur des tissus des yakutas dans lesquels on s’enveloppe le soir, on perçoit le coulissement du bois fin des placards où sont rangés les futons en journée, bref l’écriture est très sensuelle, pleine de vie, très très immersive et çà fait un bien fou. 

Les personnages sont originaux mais simples, touchants, emplis de joie, c’est un bonheur de passer du temps avec eux.

Aki Shimazaki sait entretenir un petit mystère sur ce qui va arriver aux personnages, sur ce qu’ils vont découvrir et devoir affronter. C’est une réalité tragique qui vient frapper Tarô, mais l’auteure sait le traiter sans aucun pathos, tout en délicatesse, avec recul et sérénité.
C’est un très beau roman sur l’amour et les secrets familiaux, si vous aimez le Japon et les histoires simples mais fortes, je vous le recommande chaudement.

Quant à moi, je file en librairie me procurer le début de cette saga, « l’ombre du chardon », dont Maïmaï est le 4è tome je crois, tant pis pour le budget, c’est une urgence, là….